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LE MOT DU ROCH YESHIVA:

Le Sifra nous relate une discussion entre Ben Patiri et Rabbi
Akiba à propos d’un verset de la parachat Emor “Vah’aï Imakh”
“et il vivra avec toi”.
Cela concerne un juif qui perd peu à peu l’ensemble de ses moyens,
et pour lequel il nous est demandé une attention et une assistance
sans faille, afin de l’aider à se rétablir rapidement.
De cette injonction de la Torah de soutenir sans cesse notre prochain,
Ben Patiri déduit, dans le cas où les deux juifs se trouvent dans le
désert avec une seule ration d’eau, que chacun n’en boira que la moitié
et qu’ils mourront ainsi dans le désert, puisqu’ils sont tenus à un
engagement mutuel.
Rabbi Abiba en déduit au contraire que seul celui tenant la ration
d’eau boira et vivra, l’obligation envers mon prochain n’ayant de sens
que si je vis moi-même.
Cet enseignement, au-delà d’une réflexion réelle sur l'existence, peut
nous inviter à une seconde lecture, plus en rapport avec le h’inoukh,
l’éducation.
Il s’agit de savoir lorsque l’on se trouve dans un désert spirituel, si
notre premier devoir est d’abord de transmettre à l’autre cette eau,
cette Torah issue de notre étude quotidienne mais de limiter ainsi son
propre développement, ou s’il faut au contraire assurer d’abord son
épanouissement personnel, afin d’optimiser la connaissance de la
Torah dans ce désert spirituel.
Il n’est pas question ici de débat de sentiments, mais davantage d’appréhender
la Volonté du Créateur, et de choisir la meilleure façon de
diffuser les connaissances de la Torah.
Il semble que Rabbi Akiba, qui lui-même décida d’étudier d’une traite
pendant 24 années, ait penché pour la seconde démarche.
Néanmoins, il s’agit avant tout pour les générations futures de bien
mesurer notre environnement, et de ne pas en proposer hâtivement
une interprétation tronquée parce qu'intéressée.
A titre d’exemple, on peut penser que les élèves de Rabbi Akiba ont
été tenté d’analyser à tort leur contexte de l’époque comme un désert
spirituel absolu, en négligeant également leurs collègues, afin de pouvoir
justifier un développement personnel exclusif.
Ceci leur a valu la fin malheureuse que nous leur connaissons.
Il y a donc avant tout une nécessité d’être à l’écoute de son environnement,
de la communauté, de notre génération, pour adopter une
démarche pertinente pondérée par la nécessité du moment, mais également
en phase avec son épanouissement personnel, dans l’optique
d’accomplir la Volonté de notre Créateur.
C’est très modestement cet esprit que nous essayons d’inculquer, de
partager au sein de la Yeshiva, et permettre ainsi l’essor d’un centre
majeur d’étude et de prières en France.
Puisses le Créateur nous accorder Sa Bienveillance et nous sortir bientôt
du désert de notre exil.

C.Y. GHIDALIA

 
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